Cancer : pourquoi l’ivermectine suscite-t-elle autant d’intérêt ?
L’ivermectine est surtout connue comme médicament antiparasitaire. Pourtant, depuis plusieurs années, cette molécule attire également l’attention des chercheurs en oncologie. En cause : son activité antitumorale observée dans différents travaux expérimentaux.
Cette approche s’inscrit dans ce que l’on appelle le repositionnement médicamenteux : plutôt que de développer une nouvelle molécule à partir de zéro, les chercheurs étudient un médicament déjà connu dans une nouvelle indication.
L’intérêt pour l’ivermectine et le cancer a notamment gagné en visibilité avec le Dr William Makis, qui a popularisé un protocole reposant sur des doses quotidiennes variables selon la situation cancéreuse.
Mais au-delà de ce protocole très commenté, que sait-on aujourd’hui de l’action de l’ivermectine sur les cellules cancéreuses ? Quels mécanismes sont étudiés et où en sont les essais chez l’être humain ?
Pourquoi l’ivermectine intéresse-t-elle la recherche contre le cancer ?
L’intérêt des chercheurs ne repose pas sur un mécanisme unique. Plusieurs travaux in vitro et chez l’animal montrent que l’ivermectine agit sur différentes voies impliquées dans la prolifération, la survie et la résistance des cellules tumorales.
Parmi les principales voies biologiques étudiées figurent notamment :
- Wnt / β-caténine, impliquée dans la prolifération cellulaire.
- Akt / mTOR, qui intervient notamment dans la croissance et la survie des cellules.
- PAK1 et l’autophagie.
- L’apoptose et le cycle cellulaire.
- Les cellules souches cancéreuses.
- Le stress oxydatif et le fonctionnement mitochondrial.
Cette action sur plusieurs cibles biologiques explique en partie l’intérêt porté à l’ivermectine dans la recherche de nouvelles stratégies en oncologie.
Une étude menée sur 28 lignées cancéreuses
Parmi les travaux régulièrement cités figure une étude publiée en 2020 dans Cancer Chemotherapy and Pharmacology. Les chercheurs ont exposé 28 lignées cellulaires malignes à une concentration de 5 µM d’ivermectine.
Certaines se sont montrées particulièrement sensibles, notamment les lignées de cancer du sein MDA-MB-231, MDA-MB-468 et MCF-7, ainsi que la lignée de cancer ovarien SKOV-3.
Dans les cellules sensibles, plusieurs effets ont été observés : arrêt du cycle cellulaire, diminution de la viabilité et de la capacité clonogénique, mais également une activité sur des populations enrichies en cellules souches tumorales.
Autre élément intéressant : l’étude rapporte des interactions synergiques expérimentales avec le docétaxel, le cyclophosphamide et le tamoxifène, trois traitements utilisés en oncologie.
Les chercheurs ont également étudié l’ivermectine chez des souris porteuses de tumeurs et observé une réduction de la taille et du poids tumoraux.
Ces résultats ont conduit les auteurs à soutenir le développement clinique de l’ivermectine comme médicament repositionné contre le cancer.
Qu’est-ce que le protocole de William Makis ?
Le nom du Dr William Makis revient régulièrement lorsqu’il est question d’ivermectine et de cancer. Dans sa conférence "High Dose Ivermectin and Cancer", il présente un schéma de dosage reposant sur plusieurs paliers.
Il propose 1 mg/ kg/ jour comme point de départ pour la plupart des cancers, puis des doses plus importantes dans certaines situations :
- ≤ 0,5 mg/ kg/ jour : rémission, prédisposition génétique et prévention revendiquée ;
- 1 mg/ kg/ jour : point de départ proposé pour la plupart des cancers ;
- 2 mg/ kg /jour : cancers considérés comme agressifs, notamment leucémies, cancers du pancréas et du cerveau ;
- ≥ 2,5 mg/ kg/ jour : maladie métastatique étendue et pronostic défavorable.
Ce cadre correspond à l’approche développée par William Makis. Les essais cliniques actuellement consacrés à l’ivermectine en oncologie explorent, quant à eux, d’autres doses et rythmes d’administration.
Où en sont les études chez l’être humain ?
Après les études cellulaires et animales, la recherche s’intéresse désormais à l’utilisation de l’ivermectine chez des patients atteints de cancer.
Deux essais permettent notamment de suivre cette évolution.
Cancer du sein triple négatif : une étude de phase I/ II
L’essai NCT05318469 évalue l’ivermectine en association avec le balstilimab ou le pembrolizumab chez des patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif métastatique.
L’ivermectine est administrée par voie orale les jours 1 à 3, 8 à 10 et 15 à 17 de cycles de 21 jours. L’étude, débutée en octobre 2023, prévoit d’inclure 34 participantes.
En septembre 2026, ClinicalTrials.gov indique que l’étude est active, avec une fin estimée en octobre 2026.
L’étude ICONIC et l’immunothérapie
Autre recherche intéressante : l’essai ICONIC, sponsorisé par l’Université de Floride.
Cette étude randomisée ouverte de phase II porte sur 80 adultes atteints de tumeurs solides recevant déjà une immunothérapie par inhibiteur de checkpoint.
Deux doses d’ivermectine sont comparées : 200 µg/ kg et 400 µg/ kg, administrées les jours 1 à 3 de chaque semaine pendant quatre semaines.
Les chercheurs s’intéressent notamment à l’activation des lymphocytes T CD8, acteurs importants de la réponse immunitaire antitumorale.
Ces doses, équivalentes à 0,2 et 0,4 mg/kg trois jours par semaine, montrent également que plusieurs stratégies d’administration sont aujourd’hui explorées.
Qu’en est-il de la tolérance de l’ivermectine à fortes doses ?
La question de la dose est centrale. Une étude publiée par Guzzo et ses collaborateurs en 2002 a étudié la sécurité, la tolérance et la pharmacocinétique de doses d’ivermectine supérieures aux doses antiparasitaires habituelles chez des adultes sains.
Elle apporte des informations intéressantes sur la tolérance à des expositions élevées.
Dans un contexte oncologique, d’autres paramètres entrent cependant en jeu : durée du traitement, fréquence des prises, état général du patient, fonction hépatique ou neurologique, mais aussi traitements associés.
Ivermectine et traitements anticancéreux : la question des interactions
Les patients atteints de cancer reçoivent souvent plusieurs traitements simultanément : chimiothérapie, immunothérapie, thérapie ciblée, corticoïdes, anticoagulants, antalgiques ou encore antiémétiques.
L’étude des interactions médicamenteuses occupe donc une place importante dans les recherches consacrées à l’ivermectine.
Le registre ICONIC mentionne notamment un cas publié de neurotoxicité sévère chez un patient atteint d’ostéosarcome métastatique traité par régorafénib, pour lequel une interaction pharmacocinétique avec l’ivermectine a été suspectée.
Les chercheurs s’intéressent également au microbiote intestinal. Celui-ci pouvant intervenir dans la réponse aux inhibiteurs de checkpoints, l’étude de l’influence de l’ivermectine sur le microbiote constitue un autre axe de recherche.
Ivermectine et cancer : l'avancée de la recherche en 2026
En quelques années, les recherches sur l’ivermectine ont franchi plusieurs étapes.
Les études in vitro ont permis d’identifier de nombreux mécanismes et effets biologiques. Des effets antitumoraux ont ensuite été observés dans différents modèles animaux. Des données humaines commencent aujourd’hui à s’ajouter à ces travaux, avec notamment des études de phase I/II et de phase II.
L’enjeu est maintenant de préciser les doses, les modalités d’administration, la tolérance, les interactions avec les traitements anticancéreux et les effets cliniques chez les patients.
Cette progression des recherches explique pourquoi l’ivermectine continue aujourd’hui d’intéresser certaines équipes en oncologie.
Quel intérêt retenir aujourd’hui pour l’ivermectine en oncologie ?
L’intérêt scientifique porté à l’ivermectine repose sur plusieurs éléments : son activité sur différentes lignées cancéreuses, son action sur plusieurs voies biologiques impliquées dans le développement tumoral, les effets observés dans des modèles animaux et, désormais, son étude dans des essais chez l’être humain.
Le repositionnement d’un médicament déjà bien connu constitue par ailleurs une voie de recherche particulièrement intéressante en pharmacologie.
Les études actuellement menées doivent permettre de mieux comprendre chez quels patients l’ivermectine présente le plus d’intérêt, selon quelles modalités d’administration et en association avec quels traitements.
Conclusion
Longtemps connue uniquement pour son action antiparasitaire, l’ivermectine occupe aujourd’hui une place dans la recherche sur le cancer.
Son action sur plusieurs mécanismes cellulaires, les résultats obtenus sur différentes lignées cancéreuses et dans des modèles animaux ainsi que le développement d’essais chez l’être humain expliquent cet intérêt.
Le protocole de William Makis constitue l’une des approches proposées autour de cette molécule, tandis que les études cliniques actuellement enregistrées explorent d’autres doses et modalités.
Les prochaines données permettront ainsi de préciser la place que l’ivermectine peut occuper dans les stratégies oncologiques, notamment en association avec l’immunothérapie.
Références scientifiques et sources
- Juarez M, Schcolnik-Cabrera A, Dominguez-Gomez G, et al. Antitumor effects of ivermectin at clinically feasible concentrations support its clinical development as a repositioned cancer drug. Cancer Chemother Pharmacol. 2020;85(6):1153-1163. PMID: 32474842.
- Juarez M, Schcolnik-Cabrera A, Dueñas-Gonzalez A. The multitargeted drug ivermectin: from an antiparasitic agent to a repositioned cancer drug. Am J Cancer Res. 2018;8(2):317-331. PMID: 29511601.
- Tang M, Hu X, Wang Y, et al. Progress in Understanding the Molecular Mechanisms Underlying the Antitumour Effects of Ivermectin. Drug Des Devel Ther. 2020. PMID: 32021111.
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- Robalino KN, Vivanco-Galván O, Romero-Benavides JC, Jiménez-Gaona Y. Ivermectin as an Alternative Anticancer Agent: A Review of Its Chemical Properties and Therapeutic Potential. Pharmaceuticals. 2025;18(10):1459. PMID: 41155573.
- Guzzo CA, Furtek CI, Porras AG, et al. Safety, tolerability, and pharmacokinetics of escalating high doses of ivermectin in healthy adult subjects. J Clin Pharmacol. 2002;42(10):1122-1133. PMID: 12362927.
- ClinicalTrials.gov. NCT05318469. Ivermectin in Combination With Balstilimab or Pembrolizumab in Patients With Metastatic Triple Negative Breast Cancer.
- ClinicalTrials.gov. NCT07487805. Ivermectin Combined With Immune Checkpoint Inhibition in Cancer (ICONIC). University of Florida.
- William Makis. 15 Minutes with Dr. Makis - High Dose Ivermectin and Cancer, épisode 018.