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Champignons médicinaux : pourquoi suscitent-ils autant d’intérêt ?

Reishi, Hericium, Cordyceps : quand les champignons deviennent des outils de santé

Longtemps associés aux médecines traditionnelles asiatiques, les champignons médicinaux connaissent aujourd’hui un regain d’intérêt bien au-delà de ce cadre. Leur utilisation dans une perspective de santé porte un nom : la mycothérapie. 

Reishi, Hericium, Cordyceps, maïtaké ou encore shiitaké sont ainsi étudiés pour leurs effets potentiels sur l’immunité, la fatigue, les fonctions cognitives, l’inflammation ou encore en accompagnement de certaines pathologies.

Cet intérêt ne repose pas uniquement sur leurs usages ancestraux. Les champignons renferment des molécules bioactives particulières, parmi lesquelles des bêta-glucanes, polysaccharides, triterpènes et composés phénoliques, dont les mécanismes commencent à être mieux caractérisés.

La recherche clinique reste toutefois très inégale d’un champignon à l’autre. Si certaines pistes sont déjà étayées par des études chez l’être humain, d’autres reposent encore essentiellement sur des travaux expérimentaux.

Alors, que peut-on réellement attendre des champignons médicinaux ?

Qu’est-ce qui rend les champignons médicinaux si particuliers ?

Tous les champignons ne possèdent évidemment pas les mêmes propriétés. Leur intérêt dépend de l’espèce, mais aussi de la partie utilisée, des conditions de culture et surtout de la manière dont leurs principes actifs sont extraits.

Parmi les molécules les plus étudiées figurent les bêta-glucanes, des polysaccharides présents notamment dans la paroi cellulaire des champignons. Ils sont particulièrement intéressants pour leur capacité à interagir avec différents acteurs du système immunitaire.

Mais chaque espèce possède également sa propre signature biochimique.

Le reishi (Ganoderma lucidum) renferme notamment des triterpènes et différents polysaccharides. L’Hericium erinaceus, aussi appelé crinière de lion ou Lion’s Mane, contient des composés tels que les hericénones et les érinacines, qui expliquent en partie l’intérêt qu’il suscite dans le domaine neurologique. Le Cordyceps contient quant à lui des nucléosides et des composés tels que la cordycépine, étudiés notamment dans le métabolisme énergétique.

C’est une première notion importante : parler des champignons médicinaux comme d’une seule substance n’a guère de sens. Un Hericium n’a ni la même composition ni les mêmes applications potentielles qu’un reishi ou un Cordyceps.

Immunité : pourquoi parle-t-on autant des bêta-glucanes ?

C’est probablement le domaine le plus connu de la mycothérapie.

Les bêta-glucanes peuvent être reconnus par certains récepteurs présents à la surface de cellules de l’immunité innée, notamment les macrophages, les neutrophiles ou les cellules dendritiques. Ils participent ainsi à différents mécanismes de signalisation immunitaire.

Il est toutefois plus juste de parler d’immunomodulation que de simple "stimulation" des défenses immunitaires. L’objectif n’est pas de pousser en permanence le système immunitaire à fonctionner davantage, mais d’agir sur certaines de ses réponses.

Les données humaines commencent d’ailleurs à être nombreuses. Une méta-analyse publiée en 2025 a regroupé 16 essais randomisés représentant 1 449 participants afin d’évaluer l’effet de différents bêta-glucanes sur la fatigue, la vitalité et l’humeur chez des personnes en bonne santé. Les auteurs ont observé une diminution significative de la sensation de fatigue et une amélioration de la vitalité et de l’humeur par rapport au placebo. Ils soulignent cependant que davantage d’essais sont nécessaires pour confirmer ces résultats. 

Tous les bêta-glucanes ne sont cependant pas identiques : leur origine, leur structure moléculaire et leur mode d’extraction peuvent modifier leur activité biologique.

Hericium : le champignon qui intéresse le cerveau

Avec son aspect blanc caractéristique évoquant une crinière, l’Hericium erinaceus est devenu l’un des champignons médicinaux les plus populaires ces dernières années.

La raison ? Certains de ses composés sont étudiés pour leur interaction avec des mécanismes impliqués dans la plasticité neuronale et la santé du système nerveux.

Quelques données humaines sont particulièrement intéressantes.

Dans un essai randomisé en double aveugle, 30 personnes âgées de 50 à 80 ans présentant un trouble cognitif léger ont reçu de l’Hericium ou un placebo pendant 16 semaines. Les participants supplémentés ont obtenu de meilleurs résultats à plusieurs évaluations cognitives au cours de l’étude. Fait intéressant, quatre semaines après l’arrêt de la supplémentation, les scores avaient de nouveau diminué.

Cela ne signifie évidemment pas que l’Hericium prévient ou traite les maladies neurodégénératives. Une revue publiée en 2024, portant sur 34 études humaines consacrées aux champignons, à la cognition et à l’humeur, montre d’ailleurs un tableau plus nuancé : les études observationnelles sont encourageantes, tandis que les essais d’intervention donnent des résultats plus hétérogènes. 

Une étude de 2025 menée chez de jeunes adultes en bonne santé n’a, par exemple, pas retrouvé d’amélioration globale de la cognition ou de l’humeur après une prise unique d’extrait d’Hericium, même si une amélioration apparaissait dans une tâche motrice spécifique.

L’Hericium constitue donc une piste particulièrement intéressante pour la santé cérébrale, mais les études disponibles ne permettent pas encore d’en faire un traitement cognitif à part entière.

Cordyceps et reishi : peuvent-ils réellement agir sur la fatigue ?

Gros plan reishi sur tronc d'arbre

Le Cordyceps est traditionnellement associé à l’énergie et à l’endurance. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles ses extraits ont trouvé leur place dans de nombreux compléments destinés aux sportifs.

Son intérêt scientifique porte notamment sur le métabolisme énergétique, l’utilisation de l’oxygène et la réponse à l’effort.

Les résultats obtenus chez l’être humain restent cependant contrastés. Certaines études rapportent une amélioration de paramètres de performance ou de récupération, tandis que d’autres n’observent pas d’effet significatif. Une revue récente souligne notamment les faibles effectifs des études, la diversité des protocoles sportifs et surtout l’absence de standardisation des extraits utilisés.

Le reishi, lui, a notamment été étudié sur la fatigue et le bien-être.

Un essai randomisé en double aveugle a ainsi porté sur 132 personnes souffrant de neurasthénie. Après huit semaines, les participants recevant un extrait polysaccharidique de Ganoderma lucidum présentaient une amélioration significativement supérieure de certains scores de fatigue et de bien-être par rapport au groupe placebo.

Ces résultats sont intéressants, mais là encore, il serait excessif d’en conclure que le reishi ou le Cordyceps constitue un traitement universel de la fatigue. Une fatigue persistante doit toujours conduire à rechercher sa cause : troubles du sommeil, carence, dysfonction thyroïdienne, infection, trouble métabolique, stress chronique ou autre pathologie.

Inflammation et métabolisme : un autre terrain d’exploration

L’intérêt porté aux champignons médicinaux ne s’arrête pas à l’immunité ou au cerveau.

Leurs composés sont également étudiés pour leurs propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires, ainsi que pour leurs interactions potentielles avec le métabolisme du glucose et des lipides.

C’est notamment le cas du reishi.

Une méta-analyse récente regroupant 17 essais randomisés et 971 participants a étudié les effets d’une supplémentation en Ganoderma lucidum sur différents marqueurs de santé. Quelques modifications ont été observées, notamment sur certains paramètres anthropométriques ou biologiques, mais aucun effet significatif global n’a été retrouvé sur la glycémie à jeun, la pression artérielle, le profil lipidique ou les marqueurs inflammatoires. Les auteurs évaluent en outre la qualité globale des preuves comme très faible.

C’est un bon exemple de la prudence nécessaire avec la mycothérapie : un mécanisme biologique observé en laboratoire ne garantit pas un effet thérapeutique mesurable chez l’être humain.

Et en oncologie, quelle place pour les champignons médicinaux ?

L’oncologie constitue l’un des domaines dans lesquels certains champignons médicinaux ont été le plus étudiés, notamment le Coriolus versicolor (Trametes versicolor), le reishi, le maïtaké et le shiitaké.

Il ne s’agit pas de substituer ces champignons à une chimiothérapie, une radiothérapie, une immunothérapie ou une hormonothérapie. Leur intérêt est étudié principalement comme approche complémentaire, notamment pour leurs effets immunomodulateurs et leur possible contribution à la qualité de vie ou à la tolérance de certains traitements.

Une revue systématique publiée en 2023 a passé au crible plus de 2 300 publications et retenu 39 études cliniques portant sur 12 préparations différentes de champignons. 

Onze études rapportaient une réponse immunologique favorable et quatorze une amélioration de la qualité de vie ou une diminution de certains symptômes. Plusieurs études ont également rapporté des résultats cliniques intéressants avec certaines préparations spécifiques.

Mais les auteurs insistent sur les limites actuelles : petits effectifs, études observationnelles et protocoles très différents. Les données disponibles ne permettent donc pas de recommander indistinctement les champignons médicinaux à tous les patients atteints de cancer.

En pratique, la mycothérapie en accompagnement d’un cancer nécessite d’autant plus un suivi individualisé qu’elle intervient parallèlement à des traitements médicaux complexes.

Poudre, extrait, mycélium : pourquoi tous les produits ne se valent pas

C’est probablement l’un des points les plus importants à comprendre.

Acheter une poudre de champignon et utiliser un extrait standardisé ne revient pas nécessairement à prendre la même chose.

Une poudre correspond généralement au champignon séché puis broyé. Elle conserve un large éventail de ses constituants, mais leur concentration peut être relativement faible.

L’extraction vise au contraire à récupérer et concentrer certains composés d’intérêt. Selon les molécules recherchées, les procédés utilisés peuvent également être différents.

Il faut aussi regarder quelle partie du champignon est utilisée. Certains produits sont élaborés à partir du corps fructifère, d’autres à partir du mycélium, et certains associent les deux. Leur profil biochimique peut différer.

La dose affichée sur l’étiquette ne suffit donc pas à juger de la qualité d'un produit. Une quantité élevée de poudre n’est pas automatiquement équivalente à une quantité plus faible d’un extrait concentré et standardisé.

C’est particulièrement important lorsque les champignons sont utilisés dans un objectif thérapeutique : l’espèce, la qualité de la matière première, le procédé d’extraction, la concentration et la standardisation des actifs comptent autant que la quantité consommée.

Les champignons médicinaux ne sont ni de simples aliments ni des médicaments miracles

Le regain d’intérêt pour les champignons médicinaux est loin d’être uniquement un phénomène de mode. Plusieurs espèces contiennent des molécules biologiquement actives et certaines ont déjà fait l’objet d’essais cliniques chez l’être humain.

Mais nous sommes encore dans un domaine où les niveaux de preuve sont très différents selon l’indication. Une revue consacrée aux essais cliniques sur les champignons médicinaux souligne d’ailleurs que, malgré des résultats encourageants notamment dans le domaine de l’immunomodulation, les essais cliniques de phase III restent peu nombreux. (PubMed)

L’enjeu n’est donc pas de savoir si les champignons médicinaux "fonctionnent" en général. La bonne question est plutôt : quel champignon, sous quelle forme, à quelle concentration et dans quelle situation ?

Reishi, Hericium, Cordyceps, Coriolus ou maïtaké possèdent chacun des profils différents. C’est cette spécificité, associée à une meilleure caractérisation de leurs principes actifs, qui permet aujourd’hui de faire évoluer progressivement la mycothérapie d’un usage essentiellement traditionnel vers une approche davantage documentée.

Et c’est probablement aussi ce qui explique pourquoi ces organismes fascinants n’ont pas fini d’intéresser la médecine.

Sources

  • Venturella G. et al. Medicinal Mushrooms: Bioactive Compounds, Use, and Clinical Trials. International Journal of Molecular Sciences, 2021.
  • Mori K. et al. Improving effects of the mushroom Yamabushitake (Hericium erinaceus) on mild cognitive impairment. Phytotherapy Research, 2009. 
  • Narayanan S. et al. Medicinal Mushroom Supplements in Cancer: A Systematic Review of Clinical Studies. Current Oncology Reports, 2023. 

Champignons médicinaux : pourquoi suscitent-ils autant d’intérêt ?
Dr. Schmitz 24 septembre 2026
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